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Homélie pour le 13e dimanche ordinaire A      

Accueillir, s’ouvrir à l’autre, c’est toujours de la vie en plus !

Nous voici au seuil de l’été et des « grandes vacances ». Un temps favorable pour rencontrer et accueillir, même si la crise sanitaire nous demande une vraie prudence.

La première lecture de ce 13e dimanche nous rapporte un beau récit d’hospitalité : l’histoire d’un couple âgé sans enfant, qui ne s’est cependant pas replié sur lui-même et qui a aménagé un petit studio sur la terrasse (« une chambre, un lit, une table, un siège et une lampe »!) pour accueillir le prophète Elisée quand il sera de passage. Et voilà qu’Elisée annonce à ce vieux couple que, dans un an, il aura un fils ! Une promesse qui rappelle celle de Dieu à Abraham. Ce récit apparemment naïf nous dit que Dieu nous rejoint bien souvent à travers celui que nous accueillons (qualifié ici de « saint homme de Dieu »), mais surtout que cet accueil est source de vie.

L’évangile va dans le même sens et Jésus se fait plus explicite encore quand il affirme à ses disciples: « Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ».Jésus est présent en ses disciples. Qui vous accueille m’accueille. D’où l’importance de reconnaître les envoyés de Jésus dans nos vies. De plus, accueillir Jésus , c’est accueillir le mystère même de Dieu. En Jésus , nous avons à faire avec Dieu lui-même. Accueillir, s’ouvrir à l’autre, c’est toujours de la vie en plus.

Les paroles de Jésus que nous rapporte Mathieu ont quelque chose de provocateur, elles nous choquent dans leur formulation. Il faut bien les comprendre.

« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ». Soyons clairs : Jésus ne nous demande pas de ne pas aimer nos parents, nos enfants, notre conjoint…  Il ne nous dit pasaimer en vérité non plus que l’amour de nos proches est en concurrence avec l’amour de Dieu, comme s’il fallait choisir entre l’un ou l’autre. Non : mais Jésus sait que le seul amour qui ne peut nous décevoir, c’est l’amour vrai, juste, désintéressé, don total à celui que l’on aime, tel que Jésus nous le manifeste. Il nous faut donc choisir d’aimer comme Lui, avec la même qualité et exigence. C’est cet amour-là qui nous rend heureux. Quand 2 fiancés décident de s’unir pour la vie, cela ne veut pas dire qu’ils renient parents ou amis, mais ils ont trouvé un amour et une façon d’aimer qui leur permet de relativiser les liens du sang, les liens seulement affectifs. Préférer le Christ, c’est devenir capable d’aimer en vérité. Lui-même nous recommande d’aimer Dieu de tout notre cœur et d’aimer notre prochain comme nous-mêmes.

2ème parole qu’il faut bien comprendre : « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi ». Suivre le Christ, devenir disciple, ne se fera qu’au prix d’un renoncement radical à ce qui n’a rien à voir avec l’Evangile. Et ce renoncement est parfois crucifiant.
Choisir le Christ pour Maître et pour ami, jusqu’à porter notre croix peut être difficiledonner sa vie à vivre ou à assumer, surtout lorsqu’un tel choix est pris comme une performance à accomplir. Vivre l’Evangile n’a rien d’une course d’obstacles. Vivre l’Évangile n’a rien d’un marathon. Vivre l’Evangile n’a rien de diplômant ! Vivre l’Evangile n’apporte ni pouvoir, ni argent.
Mais vivre l’Evangile change tout dans la vie de celui qui choisit le Christ pour Maître et pour ami. Vivre l’Evangile, c’est donner à notre vie la source où puiser ce dont nous avons besoin pour être visage du Christ pour nos frères. Vivre l’Evangile, c’est donner à notre vie d’être le lieu même de l’incarnation de Dieu au cœur de ce monde. Vivre l’Evangile, c’est donner à notre vie d’être elle-même « don », car notre vie trouve sa valeur et sa grandeur de notre capacité à la donner, et à la perdre, à la manière du Christ lui-même.

Et ceci nous amène à la 3ème parole raide : « Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera ».  Autrefois, dans certains milieux chrétiens, on insistait davantage sur la notion de sacrifice : une maman devait « se sacrifier » pour ses enfants ! En réaction, aujourd’hui, on insiste davantage sur le droit à son propre épanouissement : cette maman a aussi le droit de vivre, de se réaliser… La position de Jésus réconcilie ces deux points de vue : « Tu veux vivre, t’épanouir, être heureux… tu as 1000 fois raison ! (Nous sommes appelés à une vie nouvelle, une vie de donner le meilleur de soi-mêmeressuscités, nous dit Paul dans la 2ème lecture) ; mais figure-toi que le meilleur moyen d’y arriver, c’est de donner le meilleur de toi-même ! » C’est paradoxal, mais, par expérience, nous sentons que c’est vrai : si je me replie sur moi, si je veux garder ma vie rien que pour moi, je la rate. Mais si je m’ouvre, si j’accueille, si je donne à l’autre une vraie place – ce qui suppose un détachement, une mort à soi-même – alors je vis pleinement.  « C’est en se donnant que l’on reçoit le plus, c’est en mourant à soi-même que l’on ressuscite » disait St François dans cette belle méditation qu’on lui attribue.

S’ouvrir à l’autre, accueillir le frère et à travers lui le Christ, c’est source de vie. Et ce n’est pas le respect des gestes barrière qui nous en empêchera, car il y a 1000 façons d’accueillir, d’être attentif, de faire une place à l’autre. L’image du verre d’eau nous dit clairement que c’est à la portée de tout le monde : « Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non il ne perdra pas sa récompense ».

accueilQuel beau message au seuil de cet été : bien accueillir l’autre (et l’Autre) c’est toujours de la vie en plus!

D’après l’homélie de Jacques Boever retravaillée avec 2 autres homélies par Pascal L.