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Luebo

Du 8 janvier au 7 février, j'ai eu la chance de voyager jusque Luebo, en toute petite délégation des habitants de notre vallée. Huit jours de trajets, 700 km à moto sur les pistes du Kasaï, un programme très dense pour visiter chaque équipe de l'association, mais surtout des rencontres magnifiques qui m'ont donné une grande joie : nos objectifs communs sont de mieux en mieux compris et rejoints ensemble, d'un même cœur.
Quelques extraits du carnet de route :

(...) Nous continuons de marcher dans les collines pendant environ une heure. Le paysage est beau, inoubliable. Je comprends que Freddy, qui avait fait ce chemin en 2013, nous l'ait raconté tant de fois avec passion. Nous nous dirigeons vers la concession de Papa Marcel. Il se met à chanter, quelques hommes l'accompagnent ...
"Tshisululu tshia budimi..." "C'est grâce à la sueur du travail que j'ai pu avoir une femme et des enfants, C'est grâce à elle que mes enfants ne s'endorment pas affamés."
La suite de la chanson résonne soudain comme en écho car il vient de l'autre versant de la colline. C'est l'épouse de Marcel qui descend vers nous en dansant, parée de feuilles de palmier. Ananas, patates douces, bananes plantains, arachides, cannes à sucre, manioc, maïs... tout cela s'entremêle et pousse abondamment jusqu'à la petite maison entourée d'arbres, là où coule la Lulua. Pendant près d'une heure, nous ne faisons que croquer les cannes à sucre, laissant doucement nos corps reprendre souffle. Puis André et Papa Marcel prennent la parole tandis qu'avec Théophile je prépare la tisane d'artemisia. Plus tard, le chef coutumier nous rejoint et pose des questions : pourquoi cette visite ici seulement ? D'autres cultivent aussi ailleurs ! André répond avec beaucoup de justesse : l'association est permanente à Luebo, ce n'est pas elle qui va chercher les gens, ce sont eux qui s'associent et adhèrent librement à l'esprit proposé.

(...) Nous partons au rucher qui est à l'entrée du village, le groupe des enfants est tellement dense... j'ose à peine leur sourire ou répondre à leurs signes de main, de peur qu'ils ne se bousculent et se piétinent. Heureusement ils respectent l'ordre de ne pas entrer au rucher. Le sentier dans la forêt est parsemé de petites clairières, chacune avec une ruche. Elles sont bien entretenues.
 Je me souviens des années où les apiculteurs luttaient contre les prédateurs : insectes volants qui tuaient les abeilles en plein vol. Le partage des expériences a permis de comprendre comment installer les ruches dans des petites clairières en forêt pour les protéger. Ce rucher est encourageant : 16 ruches, peuplées pour la plupart de belles colonies. Quand on sait que cette équipe a presque tout fait avec ses propres moyens, cela donne beaucoup d'espoir.

(...) Nous passons au centre de santé. Comme toutes les maisons du village, il est fait de terre, de bois et de chaume. Trois "grabats" accueillent les patients. Ce que nous avons envoyé a déjà bien servi et servira encore, principalement du matériel d'Hôpital sans Frontières. L'infirmier a encore deux demandes : la lumière (panneau solaire) pour les accouchements nocturnes, et un microscope. Je bredouille comme toujours que "envoyer des choses" n'est pas l'objectif premier de l'association. En sortant je vois un petit garçon couché sur un grabat. Son objectif premier à lui est de rester en vie...
Vous pouvez lire le texte complet sur internet, à partir du site ww.luebo.org, mais je voudrais terminer avec un merci à tous ceux qui prient pour notre petite association. Quelques mots d'un jeune garçon de Luebo me parviennent au moment où j'écris ces lignes, ils montrent à quel point c'est parfois difficile de prendre les bonnes décisions, et bien souvent, cela nous oblige à nous tourner vers "Monsieur Esprit-Saint" pour savoir quoi faire !

"Antoine et moi nous sommes allés à la prison pour donner trois meka de farine de manioc. Avant d'aller avec la farine nous passons chez le directeur et il contrôle, il prend une partie pour manger, ça me fait tellement mal au cœur car certains prisonniers ne sont pas en bonne santé. Aujourd'hui à la visite, nous avons demandé aux prisonniers : le directeur vous a remis la farine ? Ils ont dit oui. Combien de meka ? Ils ont dit : un meka. Ça nous donne le découragement mais avec l'aide de Dieu on ne doit plus se décourager, on endure toujours. (Russel)"

Isabelle